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La fin du soutien économique en France est plus urgente qu’en Allemagne

Alors que la France annonce pour fin septembre la fin du « quoi qu’il en coûte » généralisé, au profit d’un soutien économique de l’État plus ciblé sur les secteurs économiques encore entravés par le contexte sanitaire, outre Rhin, les mesures de soutien à l’économie sont prolongées jusqu’en fin d’année.

Période électorale en Allemagne

L’Allemagne est à la veille d’une échéance électorale majeure, puisque les électeurs allemands sont appelés à élire leurs députés au parlement fédéral le 26 septembre 2021 et que du résultat de ces élections découlera la constitution du prochain gouvernement de coalition et la nomination du prochain Chancelier ou de la prochaine Chancelière pour succéder à Angela Merkel après 16 ans de pouvoir.

Aucune des trois grandes formations politiques favorites pour ces élections ne veut prendre le risque de diminuer le soutien à l’économie et à la société allemande avant ce rendez-vous électoral majeur, ni la CDU de la sortante Merkel avec son candidat Chancelier Armin Laschet, Ministre Président du Land le plus peuplé d’Allemagne, la Rhénanie du Nord Westphalie, ni le SPD de l’actuel Ministre des finances et candidat Chancelier Olaf Scholz, ni même les Verts, que d’un point de vue français on pourrait qualifier de centristes, de la candidate Chancelière Annalena Baerbock, qui n’a jamais exercé de mandat exécutif majeur.

Mais ce n’est pas uniquement la différence de tempo électoral qui explique l’empressement français et le relativisme allemand dans la réduction des mesures de soutien à l’économie.

Impact économique plus lourd en France

Tout d’abord, faut-il le rappeler, les marges de manœuvres allemandes sont largement plus importantes avec un endettement public ne pesant que 71,1 % du PIB au premier trimestre 2021, contre 118,2 % côté français, selon la Banque de France et avec des déficits publics attendus d’ici la fin de l’année à 5 % outre Rhin (4,7 % fin juin), contre 9 % dans l’hexagone.

La crise elle-même n’a pas eu le même impact sur les économies voisines, puisque selon les données de la commission européenne le PIB a reculé en 2020 de -7,9 % en France, contre -4,8 % en Allemagne. Bien que les prévisions de croissance pour 2021 et 2022 sont plus optimistes en France avec +6,0 % attendus en 2021 et +4,2 % en 2022, qu’en Allemagne avec +3,6 % attendus en 2021 et +4,6 % en 2022, si ces prévisions se réalisent, l’Allemagne aura retrouvé fin 2022 103,2 % de son PIB 2019, contre 101,7 % pour la France.

Un soutien économique plus soutenu en France

L’ampleur du soutien des deux états aux acteurs économiques touchés par la pandémie et ce qu’il a coûté aux contribuables depuis le début de la crise du COVID19 ne sont pas du tout équivalents de part et d’autre du Rhin… De fait, selon les chiffres publiés par les gouvernements cet été, l’enveloppe globale des montants engagés depuis mars 2020 serait deux fois plus élevée en France qu’en Allemagne : 240 milliards d’Euros pour la France, 118 milliards d’euros pour l’Allemagne !

L’enveloppe globale des montants engagés depuis mars 2020 serait deux fois plus élevée en France qu’en Allemagne : 240 milliards d’Euros pour la France, 118 milliards d’euros pour l’Allemagne !

Frédéric Berner, DG CCI France Allemagne

Ces chiffres ne sont cependant pas tout à fait comparables puisqu’ils incluent en plus côté français le coût de l’activité partielle (35 milliards d’euros) et des exonérations de charges (10 milliards d’euros) et en plus côté allemand ceux du fonds de stabilisation qui a permis des recapitalisations dans 20 dossiers (8,66 milliards d’euros).

Si l’on prend un périmètre d’aides comparable, comprenant les prêts garantis, les subventions directes et l’activité partielle, on obtient côté français une enveloppe de 209,3 milliards accordés contre 136,5 milliards côté allemand, d’après nos propres calculs.

Des PGE plus accessibles en France

La part la plus importante dans ces aides, en France comme en Allemagne, est constituée par les prêts garantis par l’État (PGE). Ils représentent 2/3 des aides de l’État en France et près de 40% en Allemagne. La volumétrie n’est cependant pas comparable puisque jusqu’en juillet 2021, d’après le tableau de bord publié par le ministère de l’économie français, 685.000 PGE avaient été accordés en France pour un total de 139 milliards d’euros, contre seulement 137.500 en Allemagne pour un total de 52,2 milliards (sur 143.900 demandes pour 67,0 milliards), selon le ministère de l’économie allemand. De fait, selon des données de la Banque de France, à la fin du 1er trimestre 2021 le taux d’endettement des sociétés non financières était de 86,3 % en France, contre seulement 51,4 % en Allemagne.

En Allemagne comme en France, les subventions aux entreprises occupent dans chaque pays le deuxième poste de dépenses dans le cadre des aides à l’économie et sont matérialisées en France par le fonds de solidarité, qui représente jusqu’en juillet 2021 une enveloppe de 35 milliards d’euros contre 46,3 milliards accordés en Allemagne, si l’on totalise les différents programmes d’aides aux entrepreneurs proposés depuis mars 2020 (Soforthilfe des Bundes, Überbrückungshilfe I, II, III et III+, Neustarthilfe, Novemberhile, Dezemberhilfe).

En particulier depuis la fin 2020, le programme Überbrückungshilfe III a fait l’objet d’après une analyse du quotidien économique Handelsblatt de 375.000 demandes à fin août en Allemagne, soit moins de 10% des entreprises allemandes. Certains secteurs sont bien entendu proportionnellement plus demandeurs comme les commerces de textile hors habillement (97 % des 8.000 entreprises de ce secteur ont demandé une aide), les centres de fitness (70 %), les entreprises de la culture et des loisirs (61 %) ou encore l’hôtellerie (57 %), mais de nombreux autres secteurs a priori très touchés par les périodes de fermeture ou de restriction n’ont majoritairement pas demandé d’aide tels les cinémas (45 %), coiffeurs (45 %), voyagistes (38 %) et agences de voyage (29 %), sociétés d’évènementiel, y compris les organisateurs de salons (30 %) ou encore les taxis (22 %).

Il faut dire que seules les entreprises dont le chiffre d’affaires a subi un mois donné de 2021 une baisse de plus de 30 % par rapport au même mois de 2019 sont éligibles à une prise en charge d’une partie de leurs frais fixes par l’état outre Rhin. Par ailleurs, toujours selon le Handelsblatt, de nombreuses petites entreprises déclarent avoir été découragées par la complexité des dispositifs d’aides proposés en Allemagne et avoir eu du mal à suivre la mise à jour régulière de leurs conditions d’accès, avoir craint devoir rembourser les nouvelles aides 2021 du fait d’avoir bénéficié d’aides en 2020 et avoir souffert des délais de versement des premières aides octroyées en 2020.

Un recours à l’activité partielle plus partiel en Allemagne

Arrivent ensuite les coûts de l’activité partielle (Kurzarbeit en Allemagne), pour une enveloppe de 35 milliards en France à fin juillet 2021 et de 38 milliards en Allemagne d’après les données des gouvernements. Là aussi, si l’enveloppe globale est comparable en valeur absolue, le recours à l’activité partielle a été bien plus fort en France qu’en Allemagne et les dispositifs plus généreux dans l’hexagone qu’outre Rhin. Le pic de l’activité partielle depuis le début de la crise a été en France comme en Allemagne, le mois d’avril 2020 avec côté français 8,4 millions de salariés placés en activité partielle (43 % des un peu moins de 20 millions de salariés) et 6 millions en Allemagne (13,5 % des quelques 45 millions de salariés). Le chiffre le plus bas depuis le début de la pandémie a été atteint au mois de juillet dernier avec respectivement 610.000 salariés placés en activité partielle en France (environ 3 %) et 1.060.000 en Allemagne (2,4 %). En Allemagne, dans la plupart des cas l’indemnisation ne représentait que 60 % du salaire net, contre 84 % en France jusqu’au 30.08.21.

Si, en Allemagne comme en France, il est clair que le soutien apporté aux entreprises pour faire face à la crise résultant de la pandémie était nécessaire et salvateur, le retour à un fonctionnement économique normal est souhaité le plus rapidement possible. Cela dit, l’ampleur des dégâts économiques causés par la pandémie, le volume des aides accordées, les marges de manœuvre des finances publiques et l’agenda politique de chaque pays n’étant pas identiques, la sortie du « quoi qu’il en coûte » ne revêt pas le même caractère d’urgence à Berlin qu’à Paris.